Arca, passes de génie du matador.

sorti des tuyaux le 7 avril 2017


“Here’s my voice and all my guts: feel free to judge it. It’s like a bullfight: you’re watching emotional violence for pleasure. So this is a character who, almost as a mockery of the transaction, goes uncomfortably deep, into self-mutilation. ‘You want gore? Here’s gore’” – Arca

 

Arca-Anoche

 

Sa voix, ses tripes et une bonne dose de gore… le producteur vénézuélien est plutôt clair sur l’intensité d’Arca, son troisième album studio et le premier sur le label XL Recordings mais cela serait finalement simplifier et oblitérer la beauté inhérente aux 13 titres qui composent ce chef d’œuvre. Alors oui, le terme peut paraître fort mais la fan de Björk que je suis ne pouvait qu’adouber le génie de son héritier qui, après deux albums très expérimentaux, donne enfin de la voix et quelle voix ! Poussé par l’Islandaise dont il a d’ailleurs co-produit plusieurs titres de Vulnicura, Alejandro Ghersi laisse en effet libre cours à ses falsettos dramatiques comme le prouve notamment le sublime Anoche, hommage non caché à sa muse et inspiratrice. 22 ans après I Miss You et l’étrange complainte de Björk (I missed you but I haven’t met you yet ), Arca nous livre sa version espagnole (Anoche te añoré aunque no te he conocido aún).

 

Si Xen et ,dans une moindre mesure, Mutant nous laissaient déjà entrevoir l’influence de la musique classique sur les créations délirantes du producteur, Arca nous offre cette fois une alchimie parfaite entre deux univers que l’on pourrait bien souvent penser opposés : le classique et l’électro. Délicat (Coraje) et violent (Whip), mécanique (Urchin, Castration) et chargé d’émotion (Sin Rumbo), le Vénézuélien revisite la grandiosité du baroque et le résultat est aussi audacieux que splendide. Adieu clavecins, grosse caisses et violons, place aux synthés, beats et distorsions. Une réinvention aussi bien réussie sur le très calme Piel que sur Desafio, véritable « défi » auditif aux chœurs majestueux.

 

Interprété intégralement en espagnol, Arca est également un clin d’œil subtil aux influences latines du producteur, des maracas envoûtants d’Anoche au rythme chaloupé de Reverie. Alors bien entendu, dans un monde idéal, je te parlerais de la poésie de ses paroles parfois violentes et dérangeantes mais le fait est que je ne parle pas un traître mot d’espagnol ! Un menu détail qui ne m’a toutefois pas empêchée d’imaginer assez aisément l’univers magnifiquement torturé d’Alejandro Ghersi. Bon il faut avouer que question image, le Vénézuélien et son fidèle collaborateur Jesse Kanda sont plutôt explicites…

 

Après les créatures difformes, quasi malsaines des deux premiers albums, les deux comparses s’en donnent à cœur joie dans l’esthétique trash poétique. Gore ? Traumatisant ? Au final, rien de beaucoup plus perturbant que le clip de Pagan Poetry de Björk qui nous offrait déjà en 2001 une pénétration vaginale, une fellation, un téton percé et un corset de perles cousues à même la peau….

Au final, Arca peut bien montrer son cul, sa corrida musicale menée d’une main de maître par un matador de génie m’a mise à terre en quelques passes.

Connasse musicale