ITW – Future Islands

sorti des tuyaux le 2 avril 2017


Nous les avions quittés  il y a pratiquement deux ans jour pour jour, après un concert survolté à La Cigale, Future Islands fête son grand retour cette semaine avec The Far Field, leur cinquième album.

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Formé en Caroline du Nord en 2006 mais à présent installé à Baltimore, le trio a tracé son petit bout de chemin jusqu’en 2014 et la sortie de Singles, leur premier album pour le label 4AD/Beggars. Le groupe au succès jusqu’alors assez discret devient en une apparition télévisuelle la coqueluche des médias et festivals et 2014 devient l’année Future Islands! Le public (re)découvre leur synth-pop poétique et Samuel T. Herring affole les salles par son énergie communicative et ses pas de danse explosifs… 3 ans plus tard, le trio revient avec The Far Field dont Ran et Cave sont les deux premiers extraits.

Profitant de leur passage sur Paris, la photographe Michela Cuccagna et moi-même avons pu nous entretenir avec les Américains pour en savoir plus sur ce nouvel opus.

 

Click here for the English version.

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

The Far Field sortira le 7 avril, quelques jours avant ton anniversaire Sam, et comme pour In Evening Air, son titre fait référence à un poème de Theodore Roethke. Pouvez-vous nous expliquer l’influence que ce poète a sur vos paroles ?

Sam : Je lis des poèmes de Roethke depuis que j’ai 12 ou 13 ans. Tout a commencé à la bibliothèque de mon école, je suis tombé sur ce recueil, j’ai lu un poème et je l’ai adoré donc j’ai gardé le livre ! Il est encore chez mes parents. La première fois que j’ai lu de la poésie et que des mots m’ont ému c’était avec Carl Sandburg. Peu de temps après j’ai découvert Theodore Roethke et en particulier The Far Field qui m’a toujours parlé et qui m’a même permis de m’exprimer. J’ai commencé à écrire mes propres poèmes à l’âge de 14 ans et son œuvre m’a directement influencé. Son travail est intrinsèquement lié au mien. Sa manière de parler de l’amour, sa façon de décrire la nature… il a grandi dans une serre et il a composé de sublimes poèmes sur les fleurs mais il les décrit sans fioritures, il s’intéresse plus à la saleté et aux vers. Certains mots sont presque grotesques mais il y a une réelle beauté. J’essaie d’écrire en gardant ce point de vue naturaliste, en me préoccupant moins de la modernité ou d’un ancrage spatio-temporel. J’essaie de faire en sorte que mes paroles soient intemporelles. Nous avons justement un ancien titre, The Fountain, qui symbolise cette volonté.

 

Vous avez enregistré The Far Field à Los Angeles avec John Congleton. Comment l’avez-vous contacté et est-ce que cet enregistrement au soleil de la Californie a eu un impact sur votre manière de composer ?

William : Plusieurs producteurs nous intéressaient dont John que nous avions connu grâce à son travail avec nos amis du groupe Wye Oak. Ils n’arrêtaient pas de nous dire « Il faut que vous travailliez avec John, il est génial ! » donc c’est un des producteurs auxquels nous avons envoyé nos démos. Ils nous ont tous répondu mais nous avons particulièrement apprécié le retour de John. Donc au final on lui a dit « Devine quoi John ? C’est toi que nous avons choisi ! » et il voulait enregistrer l’album dans un studio classique donc sa première suggestion a été Sunset Sound à Los Angeles. Au début nous étions un peu hésitants car nous sommes un groupe de l’Est mais Gerrit nous a convaincus. Il nous a dit que les gens à L.A nous adoraient, qu’il y aurait une bonne ambiance et qu’il ferait beau donc on est parti louer une maison proche du studio. On allait tous les jours au studio à pieds avec nos sacs sur le dos, comme si nous allions à l’école.

Sam : On avait l’air de missionnaires mais sans costumes !

William : Après avoir reçu ses notes sur les démos nous avons une longue conversation avec lui au téléphone et il était plutôt d’avis d’avoir un régime assez strict en commençant et finissant chaque jour à une heure précise. Donc tous les jours on commençait à 10h et on s’arrêtait vers 18 ou 19H. C’était appréciable d’avoir un temps de repos et on a mis en place une petite routine. C’est l’enregistrement le moins tendu que nous ayons eu.

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

C’est également votre premier album avec un batteur.

William : Oui et non. A l’origine nous étions quatre et nous avions notre batteur Erick Murillo mais il a quitté le groupe après avoir enregistré le premier album et avant sa sortie. Pendant deux ans nous nous sommes donc retrouvés tous les trois. Gerrit a essayé de programmer des beats de batterie pour remplacer le son d’une brai batterie mais ce n’était pas évident. Au final, nous nous sommes habitués à composer des chansons avec une boîte à rythmes. En général on faisait en sorte que le mixage de batterie soit plutôt lent même si ce n’est pas vraiment le cas sur Singles. A l’époque nous envisagions déjà d’incorporer une vraie batterie même si nous avons réellement commencé à jouer avec un batteur qu’après sa sortie. Pour ce nouvel album nous étions prêts, nous avons joué et enregistré les démos avec notre batteur Michael Lowry. Donc oui, d’une certaine façon c’est notre premier album avec un batteur. Tu n’avais pas tout à fait tort !

 

Ce n’est pas votre premier featuring mais sur The Far Field on retrouve Debbie Harry pour le titre Shadows. Comment l’avez-vous rencontré et aviez-vous déjà sa voix en tête en composant cette chanson ?

Sam: Ce qui est marrant avec ce titre c’est que nous l’avons composé pour Singles mais à l’époque nous n’avions pas trouvé le bon interprète donc nous l’avions mis de côté.  En 2016 nous avons commencé à travailler sur The Far Field et Shadows est revenu sur le tapis. Pendant toute l’année nous avons pensé à des chanteurs mais nous n’arrivions pas à nous mettre d’accord. Nous ne cherchions pas un simple interprète mais une personne vraiment spéciale. John a insisté pour que cette chanson soit sur l’album et il a suggéré Debbie Harry car il venait de travailler sur leur album qui sortira en mai. C’était exactement le genre de voix légendaire qu’on voulait donc il lui a écrit, lui a envoyé une démo et elle l’a adorée ! Il m’a dit de lui envoyer un mail pour lui expliquer le sens de la chanson et ce que j’attendais.

William : Tu ne lui as pas dit « one way or another » dans ton premier email ?

Sam : Ah oui ! Je lui ai écrit un truc du genre « I hope we’ll get to meet soon, one way or another » ! Je n’avais pas fait attention !

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Vous êtes impliqués dans plusieurs projets parallèles. Comment arrivez-vous à tout gérer ?

William : Je pense que c’est un état d’esprit différent pour chaque projet et Future Islands reste le projet central. The Snails c’est Sam et moi dans des costumes loufoques. On aimerait bien jouer en France mais on aurait trop peur que vous nous mangiez !

Sam : C’est notre blague du jour !

William : Peals est un projet que j’ai avec mon pote Bruce [Willen] et c’est une opportunité supplémentaire d’explorer une autre atmosphère et d’autres textures. Tout reste très séparé.

Gerrit : Pour ma part, je pense utiliser Future Islands pour développer mon projet solo ! Attention les gars ! Non, je rigole, je n’aime pas beaucoup jouer seul !

Sam, tu maîtrises plutôt bien les death growls sur scène. Je sais que tu es un grand fan de ra^p donc as-tu déjà pensé à rajouter des passages rappés ?

Sam : Jamais ! Je suis un puriste du hip hop et je ne me suis toujours pas remis de la collaboration Aerosmith / Run-D.M.C sur Walk This Way ! Nous étions au lycée quand tous ces groupes de rap-métal comme Papa Roach ou Deftones sont apparus et j’étais fou de rage. Le truc à ne pas faire !  J’adore le bon rap, j’adore le bon métal mais il ne faut pas les associer.

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

J’étais à votre dernier concert parisien en 2015 et le public de La Cigale était déchainé, ce qui est tout de même assez rare en France. Vous l’aviez pourtant bien mérité en n’hésitant pas à, littéralement, mouiller la chemise !

Sam : C’était un concert incroyable ! Le sol de cette salle est bizarre, c’était génial ! J’étais super content parce que nos amis de Baltimore du groupe Chiffon assurait notre première partie. Ils avaient joué avec nous à Londres et le public était arrivé assez tard et n’avait pas été très réactif à leur set alors qu’à Paris tout le monde était là et prêt à s’éclater !

 

Vous avez également joué Paris Pitchfork Music Festival en 2014. C’était le soir d’Halloween et peu d’artistes s’étaient déguisés mais vous aviez sorti le grand jeu !  

Sam : On a pensé que ce serait drôle !

William : Nous sommes allés dans un magasin de déguisements la veille à Bruxelles. Sam voulait être un vampire.

Sam : Un Sampire !

William : J’ai gardé la cape que je portais, elle est dans l’étui de ma basse !

 

Je vous propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais vous donner des débuts de paroles de chansons connues et vous les compléterez avec vos propres mots.

All I want for Christmas is … a silver balloon. (William)Tout ce que je souhaite pour Noël c’est… un ballon argenté.

When I find myself in times of trouble …. I play the guitar. (Sam)Quand je suis dans une mauvaise passe… je joue de la guitare.

If you wanna be my lover you gotta … jump ! (Gerrit)Si tu veux sortir avec moi tu dois … sauter !

I’m up all night to … read. (William)Je reste éveillé toute la nuit pour … lire.

I can’t live if living is without … my tobacco. (Sam) Je ne peux pas vivre sans … tabac.

But we are living in a material world and I am… flashboobs ! (Gerrit)Mais nous vivons dans un monde matérialiste et je suis… flashboobs !

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself…  « why ? » (William)Je ne vois aucun changement. Je me lève le matin et me demande… « Pourquoi ? »

You gotta fight for your right to … drink beer and dance, that’s basically party ! (Sam)Tu dois te battre pour ton droit à … boire et danser, en gros faire la fête !

 

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Future Islands.Portraits 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Un grand merci à Gerrit, Sam et William du groupe Future Islands ainsi qu’à Sébastien du label Beggars. Mes remerciements également à la photographe Michela Cuccagna.

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