ITW – Joe Goddard

sorti des tuyaux le 19 avril 2017


Artificier et chanteur d’Hot Chip, moitié du duo électronique The 2 Bears ou bien encore co-fondateur du label Greco-Roman, Joe Goddard possède plusieurs cordes à son arc mais c’est en solo avec son second album que le producteur anglais est de retour ce mois-ci, 8 ans après l’expérimental Harvest Festival. Pour ce second opus nommé Electric Lines en référence aux câbles de son synthé, Joe Goddard n’a pas lésiné sur les collaborations, que ce soit avec des petits nouveaux (Jess Mills, Daniel Wilson), d’anciennes connaissances (Valentina) ou tout simplement l’ami de toujours, Alex Taylor. Mêlant à la fois funk, disco et house, le Britannique déroule en 10 titres ces « electric lines » qui semblent relier ses influences.

 

La photographe Michela Cuccagna et moi-même avons pu le rencontrer le mois dernier dans les bureaux parisiens du label Domino pour en savoir plus sur ce second album en solo.

Click here for the English version.

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Electric Lines arrive 8 ans après ton premier album solo. Avec Hot Chip You et The 2 Bears tu es toujours entouré donc comment ressens-tu d’être finalement seul aux commandes ?

C’est difficile. J’ai beaucoup de respect pour les artistes qui font de la musique seule car cette responsabilité de prendre toutes les décisions créatives peut parfois être dure à assumer. Certes tu n’as pas à faire de compromis et c’est évidemment agréable mais au final j’ai trouvé que c’était beaucoup de travail et une expérience assez stressante. Lorsque j’ai du mal à finaliser un titre, j’ai tellement l’habitude d’avoir quelqu’un à mes côtés pour proposer des idées, avoir une seconde opinion ou juste pour me rebooster. Seul, il y a parfois des moments où tu ne sais pas ce que tu fais. C’est en partie une des raisons pour lesquelles j’ai voulu faire cet album, je voulais essayer d’apprendre à composer selon mes propres goûts et ce fut une expérience enrichissante. J’ai réalisé qu’il était important de vraiment se concentrer, en particulier quand l’album est quasi fini. Il faut écouter chaque titre avec une certaine distance.

 

Harvest Festival était un album quasi exclusivement instrumental alors qu’Electric Lines semble avoir des influences plus diverses . Cette volonté de diversifier ta musique prime dorénavant plus que l’expérimentation ?

L’idée de cohésion n’était pas importante sur le premier album. D’une certaine façon, c’était une sorte de compilation de ce que j’avais pu réaliser. Les gens de mon label Greco-Roman m’ont demandé de rassembler quelques titres et nous les avons sortis tels quels. L’ensemble n’avait pas pour but d’être cohésif et les chansons étaient assez étranges et expérimentales. Cette fois j’ai vraiment voulu composer et produire des chansons plus abouties.

 

Cette diversité est aussi dû aux nombreux featurings de l’album avec notamment Daniel Wilson, Jess Mills et Valentina.

Daniel Wilson m’a tout simplement contacté un jour en m’envoyant un lien vers sa musique et en me demandant si nous pouvions un jour travailler ensemble. C’était il y a environ 18 mois. Il était sur Londres pour travailler plusieurs titres avec différents producteurs et je lui ai donc proposé de passer à mon studio de Shoreditch. Il est venu un après-midi et je lui ai joué l’instrumental de Home et on a réfléchi ensemble à ce que cette chanson pourrait raconter. Il a écrit les paroles, les a chantées plusieurs fois et la chanson était quasi finie. Tout est allé très très vite parce que j’ai tout de suite su qu’il était parfait pour ce titre. Il vient de la banlieue de Détroit et j’ai toujours adoré l’héritage musical de cette ville que ce soit la Motown, la house, la techno ou même le punk avec Iggy Pop. Ma rencontre avec Jess Mills est assez similaire. Une des personnes de Greco-Roman m’a suggéré de travailler avec elle. J’ai parfois du mal à écrire des paroles, je n’ai pas des pages et des pages remplies de mots qui me viendraient naturellement donc je voulais un peu d’aide pour terminer certaines chansons et comme pour Daniel j’ai très vite accroché avec Jess. En ce qui concerne Valentina, elle chante sur Human Heart et j’avais déjà collaboré avec elle sur une ancienne chanson, Gabriel. Elle sera avec moi sur scène.

 

Un autre chanteur a également collaboré à cet album : Alex Taylor. Tu n’arrives décidément pas à te débarrasser de lui ! Je l’ai interviewé à Rock En Seine il y a deux ans et il m’avait alors confié qu’il ne savait pas comment séparer ce qu’il faisait en solo et avec Hot Chip. Les deux étaient finalement toujours liés.

Oui, c’est vrai. On a récemment travaillé ensemble sur certaines de ses compositions. On a une super relation où on s’entraide souvent. Je voulais qu’il soit présent sur l’album parce que je voulais qu’il se sente impliqué. Je voulais que l’album ait ce côté « famille » et puis la base instrumentale d’Electric Lines me semblait parfaite pour sa voix. C’est une chanson assez proche de ce que l’on fait avec Hot Chip, ce côté mélancolique, électronique, plutôt sensible et épique donc pour moi c’était une évidence.

Hot chip.We love green.4 juin 2016.Bois de Vincennes.Paris.Michela Cuccagna©

Hot chip.We love green.4 juin 2016.Bois de Vincennes.Paris.Michela Cuccagna©

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Tu chantes également sur cet album comme par exemple sur la chanson Truth is Light. J’ai trouvé les paroles très belles, peux-tu nous en parler ?

Oh, merci! Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas souvent que j’arrive à trouver des mots que j’ai vraiment envie de chanter, j’ai l’impression que c’est assez rare. J’ai commencé par composer la musique, une mélodie assez simple avec quelques accords. C’est une chanson sur ma femme qui est une personne extrêmement positive. Elle ne perd jamais espoir et c’est une très bonne chose. C’est tellement facile d’être déprimé ou de penser qu’il n’y a jamais de solution donc ça fait du bien d’avoir cet état d’esprit positif et optimiste. J’ai pensé que ce serait un joli message.

 

On entend également des enfants rires en ouverture d’Ordinary Madness.

(Rires) Oui, ce sont mes enfants! Nous étions en vacances à Ibiza et nous sommes descendues dans cette grotte. J’avais mon enregistreur avec moi. D’un seul coup, nous étions dans le noir, il y avait cette petite chute d’eau et les enfants se sont éclatés donc j’ai tout enregistré. J’aime bien quand il y a un peu d’ambiance au début d’un album, d’une certaine manière on tend plus l’oreille. C’est aussi une introduction sympa à la première chanson.

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

La dernière fois qu’ Hot Chip a joué sur Paris [We Love Green] vous avez emmené vos enfants avec vous, Les Micro Chip! Vous avez conscience qu’ils vous ont presque volé la vedette sur scène ?

(Rires) Oui! Ils adorent être sur scène et ils l’ont déjà fait plusieurs fois, à peut-être quatre ou cinq concerts. Ils sont surexcités, en particulier s’ils peuvent amener un copain avec eux. Et ils s’éclatent à danser !

Serais-tu prêt à les signer sur le label Greco-Roman dans 20 ans ?

(Rires) Oui! A vrai dire, nous y avons sérieusement songé. On s’était dit “ah… Les Micro Chip!”

 

En parlant de Greco-Roman, as-tu un nouveau groupe signé sur votre label à nous conseiller ?

Oui, il y a justement ce nouveau groupe, Opal People. Je travaille avec eux sur leurs titres en ce moment et je pense qu’ils vont bien marcher. C’est un jeune groupe très talentueux avec un excellent chanteur. Pour être honnête, leur musique n’est pas très différente de celle d’Hot Chip, c’est un groupe de pop électronique mais ils sont bien plus jeunes que nous et plus beaux ! (rires)

 

Tu as récemment été interviewé dans ton salon et d’après ce que j’ai pu voir ta collection de vinyles est assez impressionnante ! As-tu des albums d’artistes français ?

Oui, j’ai de la musique française ! J’en ai acheté plusieurs ces derniers temps. J’ai cette compilation de disco français par différents artistes, French Disco Boogie. C’est génial ! J’ai aussi acheté une autre compilation de musique électronique des années 70, un truc hyper planant et assez futuriste comme Francis Lai.

 

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Joe Goddard.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Je te propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais te donner des débuts de paroles de chansons connues et tu les compléteras avec tes propres mots.

All I want for Christmas is … more synthetizers!  Tout ce que je souhaite pour Noël c’est… plus de synthés !

When I find myself in times of trouble …. I tend to hide !Quand je suis dans une mauvaise passe… j’ai tendance à me cacher !

If you wanna be my lover you gotta … know how to dance.Si tu veux sortir avec moi tu dois…savoir dancer.

I’m up all night to … surf the internet.Je reste éveillé toute la nuit pour … surfer sur internet.

I can’t live if living is without … synthetizers! Je ne peux pas vivre sans…synthés!

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself…  « Are we ever gonna get rid of Donald Trump ? » Je ne vois aucun changement, je me lève le matin et me dit … « Arriverons-nous un jour à nous débarrasser de Donald Trump ? »

You gotta fight for your right to … party, the original lyric is the best!Tu dois te battre pour ton droit à … faire la fête !

Joe Goddard se produira le jeudi 27 avril sur la scène du Badaboum. Places en vente ici.

Un grand merci à Joe Goddard pour cette interview ainsi qu’à l’ensemble du label Domino! Mes remerciements également à la photographe Michela Cuccagna.

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