ITW – Little Cub

sorti des tuyaux le 28 avril 2017


Ne te fie pas à leur nom de scène, les Anglais de Little Cub n’ont rien d’un petit ourson! Le trio londonien composé d’Ady, Dominic et Duncan se démarque en effet par le cynisme so british de ses chanson.

 

Les nouvelles recrues  de Domino Records présentent aujourd’hui leur premier album, Still Life, petit bijou de réalisme social à la sauce électro-pop. La photographe Michela Cuccagna et moi-même avons pu nous entretenir avec deux des membres du groupe dans les locaux parisiens du label anglais.

 

Click here for the English version.

 

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Ok, commençons par votre nom de scène. Vous devez bien admettre que vos griffes sont nettement plus aiguisées que ce que votre nom laisse entendre !

Ady : Oui, la plupart des gens s’attendent à un groupe folk !  (rires)

Dominic : Nous abordons pas mal de sujets assez graves dans nos chansons donc nous voulions un nom de scène un peu plus léger. Notre musique est aussi un hommage à de nombreux groupes que nous admirons et qui nous ont influencés donc ce nom de scène est aussi une manière de reconnaître cet héritage. C’est devenu à la mode d’associer un adjectif à un nom d’animal donc on a pensé que l’idée d’un petit ourson était une façon plutôt drôle de détourner cette tendance.

 Ady : En général, les noms de groups n’ont aucune signification véritable donc on a bien aimé l’idée de prendre quelque chose qui n’a rien à voir avec la musique et de lui donner une signification à travers nos chansons.

Soyez honnêtes, est-ce que Domino a essayé de vous en dissuader car ils ont déjà des grands fauves au sein du label avec Wild Beasts ?

Domino : (rires) Non !

 

Pouvez-vous revenir sur votre rencontre ?

Dominic : J’ai rencontré Ady au club Fabric à Londres il y a quelques années. En ce qui concerne Duncan, nous nous sommes rencontrés lors d’une session jazz près de la ville où nous avons grandi. Nous étions les deux seules personnes âgées de moins de 65 ans ! (rires) A l’époque nous étions tous deux passionnés de musique instrumentale donc nous sommes très vite devenus amis. Puis, Duncan est parti étudier à New York et Ady et moi avons commencé à composer des chansons ensemble à Londres tout en échangeant pas mal d’idées avec Duncan par mail. Nous l’avons rejoint à New York pour jouer quelques concerts et finalement il est rentré en Angleterre et c’est à ce moment-là que les choses ont réellement commencé. Nous sommes amis de longue date, une sorte de famille bizarre ! (rires)

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Too Much Love, Loveless et My Nature sont des sortes d’instantanés mettant en scène ce que veut vous appeler la Génération Vide [Hollow Generation]. C’est une forme de réalisme social avec une perspective electro-pop, c’est bien ça ?

Ady : J’adore cette description !

Dominic : Oui ! Nous voulions parler de sujets importants car ils sont inévitables comme par exemple le fait que la politique en ce moment soit vraiment suspecte. Les idées que nous abordons sur l’album parlent à beaucoup de personnes donc nous voulions vraiment nous attaquer à ces problèmes mais c’est quelque chose de très britannique d’être mal à l’aise lorsque des gens sont trop directs. C’est un trait culturel donc nous avons pris le parti de traiter ces problèmes d’un point de vue plus personnel. D’une certaine manière, nous avons rassemblés quelques instantanés de moments où nous avons dû faire face à ces problèmes et nous les avons liés à une idée plus générale. C’est juste notre point de vue mais il est à priori partagé par nos amis et toutes les personnes avec lesquelles on discute donc avec un peu de chance il représente au moins 1% de l’avis de la population !

 

Vous citez parfois Pulp en influence. Pensez-vous que les membres de cette “Hollow Generation” soient les nouveaux Common People , « dance, drink and screw because there’s nothing else to do » ?

Dominic : J’ai frôlé Jarvis Cocker à un concert un jour donc peut-être qu’il y a eu un transfert ! (rires) Nos chansons représentent un certain nombre d’expériences que nous avons vécues. Une grande partie de l’album fait référence au moment où la vingtaine se termine et tu réalises que tout ce que tu as fait jusqu’à présent était une perte de temps !

Ady : J’aime assez l’idée d’avoir des chansons au rythme plutôt enjoué et dynamique alors que le message général des paroles est sombre. Nous faisons référence à des situations où nous étions gênés ou bien agi sans réfléchir, nous n’essayons pas d’embellir les choses. La plupart des groupes pop ont des chansons du style « Tout va bien ! Nous sommes géniaux, soyez comme nous ! »

Dominic : Je trouve qu’en ce moment il y a une grosse tendance à faire de la pop “d’ambition”, une musique qui s’intéresse à un style de vie que tu n’as pas mais que tu pourrais avoir si tu réussissais, avec des grosses voitures ou tout ce qui va avec.  C’est tellement éloigné de ma vie ! Je n’arrive déjà pas à m’acheter une voiture donc je n’ose même pas imaginer une grosse voiture avec tous les équipement inclus ! (rires) Le simple fait de louer un appart à Londres tient du miracle !

Tu aurais dû faire carrière dans le foot au lieu de la musique !  

Dominic : (rires) C’est une idée récurrente. La vie de footballeur fait probablement rêver plus de personnes que celle d’une rock star. Une vie de massages et de belles voitures et à côté tu as droit au désespoir existentiel et aux abus d’alcool ! (rires)

 

Vous avez déjà souligné l’importance des paroles, est-ce que vous les composez avant la musique ?

Ady : ça dépend des titres. En général on utilise un logiciel comme point de départ car nous jouons de beaucoup d’instruments. Dominic se charge des paroles et c’est soit l’un soit l’autre qui sera le point d’ancrage.

Dominic : J’adhère totalement à l’idée d’une productivité renforcée par l’écriture. J’aime bien le concept de Graham Greene d’écrire 200 mots par jour ou bien dans le monde de la musique Nick Cave qui s’enferme dans son bureau pour écrire. Avant même de composer des chansons, j’essaie toujours de noter différentes choses. C’était la manière de procéder de Michael Stipe, il avait ces cahiers dans lesquels il notait des paroles de chansons qui ne sont jamais sorties. Il en avait des pages et des pages. Pour moi, l’écriture est quelque chose de sacré et c’est incroyable ce que des paroles peuvent faire. Hier encore nous écoutions Serge Gainsbourg en préparation de notre journée sur Paris et la plupart de ses chansons sont tout simplement des histoires mises en musique.

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Un soupçon d’indie pop, un peu de jazz et une bonne dose d’électro, Little Cub est une bonne combinaison de toutes vos influences.

Ady : Oui, nos influences sont très diverses. On nous a parfois dit que certains titres sonnaient comme du New Order ou Pet Shop Boys, ce qui est génial car ce sont des groupes que nous adorons. Nous sommes beaucoup influencés par tous ces groupes qui, comme nous, font de la dance music mais qui restent des groupes, avec un vrai jeu live. On a aussi conçu cet album dans cette optique. Si tu prends des groupes comme Hot Chip ou LCD Soundsystem, ils s’inspirent beaucoup de l’électro mais quand tu vas les voir en concert, tu vois un vrai groupe jouer.

Dominic : Nous sommes vraiment admiratifs de ces groupes, de ce qu’ils ont fait et font encore, de l’impact qu’ils peuvent avoir. J’aurais du mal à citer un artiste que j’aime qui se contente d’appuyer play sur un ordinateur en concert. Tout le monde peut le faire. Ady et Duncan sont des musiciens incroyables dont nous voulions arriver à avoir cette texture sonique mais également renvoyer l’énergie d’une groupe live. Ady a parfaitement raison, des groupes comme Hot Chip, LCD Soundsystem, Radiohead ou Talking Heads dans les années 80, réussissent à combiner les deux, ils font tout sur scène et c’est génial.

Ady : Nous sommes de vrais passionnés de musique sans pour autant être des snobs ! On adore la pop et on voulait vraiment que nos chansons aient une structure pop.

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Little Cub.Portrait 2017.Paris.Michela Cuccaagna©

Je vous propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais vous donner des débuts de paroles de chansons connues et vous les compléterez avec vos propres mots.

All I want for Christmas is … whisky!  (Ady)Tout ce que je souhaite pour Noël c’est… du whisky !

When I find myself in times of trouble … I put a record on. Music still means so much to people because it’s one of the things that bypasses your emotions in a very direct way. (Dominic)Quand je suis dans une mauvaise passe… je mets un disque. La musique importe encore beaucoup aux gens car c’est une des choses qui peut avoir un impact vraiment direct sur vos émotions.

If you wanna be my lover you gotta … put up with my shit! Sometimes it can be hard to maintain a relationship. (Adi)Si tu veux sortir avec moi tu dois … supporter mes conneries ! C’est parfois difficile d’entretenir une relation.

I’m up all night to … listen to music again. We’re really obsessed with what we do! (Dominic) – Je reste éveillé toute la nuit pour … encore une fois, écouter de la musique. C’est notre obsession !

I can’t live if living is without … my bandmates! We’re really dependent on each other. (Adi) – Je ne peux pas vivre sans …. mon groupe! Nous sommes très liés.

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself… « what the purpose of any of this stuff is » (Dominic)Je ne vois aucun changement. Je me lève le matin et je me demande… « quel est le sens de tout cela »

You gotta fight for your right to … be free !  (Ady) Tu dois te battre pour ton droit à … être libre !

FullSizeRender

Mes remerciements à Dominic et Ady de Little Cub, au label Domino ainsi qu’à la photographe Michela Cuccagna.

Connasse musicale