ITW – Moses Sumney

sorti des tuyaux le 22 septembre 2017


On finit la semaine avec le Californien Moses Sumney, nouveau poulain du label Jagjaguwar et l’un des artistes les plus attendus au Pitchfork Music Festival Paris début novembre.

Si le jeune homme de 25 ans a attendu cette semaine pour dévoiler son premier album Aromanticism, sa voix envoûtante et son physique sculptural ne sont pas passés inaperçus ces dernières années. Solange, James Blake, Andrew Bird ou bien encore David Byrne ont déjà plébiscité son univers délicat et singulier oscillant entre jazz, soul et envolées atmosphériques.

 

 

Profitant de sa venue promo sur Paris début juillet, la photographe Sophie Jarry et moi-même avons pu nous entretenir avec l’interprète de Quarrel.

 

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Moses Sumney © sophie jarry 2017-07-06 14.53.05

 

Ton premier album Aromanticism sort très bientôt. Tu avais déjà ce titre en tête avant même d’avoir composé l’album, c’est une manière assez originale de procéder.

Oui, je voulais penser cet album en termes de concept, que tout soit connecté et j’ai donc choisi ce titre en pensant à ce concept. La meilleure façon d’avoir un ensemble cohésif était de partir du titre de l’album.

 

Est-ce que tu connais Serge Gainsbourg?

Pas vraiment mais on m’a dit récemment qu’il avait une chanson avec un titre assez similaire…“L’Anamour”, c’est ça ?

Tout à fait ! Il a aussi chanté « La vie ne vaut d’être vécu sans amour » et ça me rappelle un peu la question que tu poses sur Doomed : “Is lovelessness godlessness?”

C’est une question que je me pose car je n’ai justement pas de réponse mais je pense que ce concept, cette idée selon laquelle la vie n’a de sens sans amour est … curieuse. Je voulais vraiment remettre cette idée en question car on nous bassine avec ça. Ce sous-entendu constant que l’Amour est le but véritable d’une vie. J’avais envie de le remettre en cause car ce n’est jamais vraiment fait.

 

 

Tu as dit en interview avec Pitchfork en 2015, que tu te cherchais encore en termes de musique. Est-ce plus clair à présent ?  

Oh oui! A l’époque, je ne savais pas encore où j’allais et c’est pour ça que je ne sortais pas d’album. Tout est plair clair à présent, je sais quel artiste je suis et j’ai compris que j’avais un univers aux multiples personnalités. L’album part dans différentes directions et je pense que tout au long de ma carrière je continuerai à explorer de nouveaux sons et nouveaux genres.

 

Pour cet album, tu as travaillé avec plusieurs producteurs et un certain nombre d’artistes. Tu n’étais pas si seul après tout!

Oui, j’ai travaillé avec plusieurs musiciens pour la mélodie mais je tenais absolument à écrire les paroles seul. J’ai toujours écrit seul, en m’isolant le plus possible. Je suis allé dans les montagnes en Californie et Caroline du Nord. Je voulais aussi me charger de toutes les voix. Il y a différentes couches, des voix aiguës, des voix graves.

Comme une chorale !

Exactement, comme une chorale Je suis une chorale à moi tout seul ! (rires)

 

Moses Sumney © sophie jarry 2017-07-06 14.58.34

 

On retrouve sur cet album la chanson Stoicism qui revient sur un souvenir d’enfance. En quoi ce moment est-il si spécial ?

C’est une bonne question mais je n’ai pas de réponse ! (Rires) C’est un souvenir et je voulais simplement le présenter sans en parler. D’une certaine manière, je voulais dire « voici ce qui est arrivé » et c’est finalement au public d’établir une connexion entre ce titre et le reste de l’album ou bien de décider qu’il n’y en a pas. L’interprétations des gens m’intéresse plus que mon point de vue.

 

 

Tu as joué en première partie de pas mal d’artistes et collaboré avec plein d’autres. J’ai un peu l’impression qu’on pourrait jouer à une partie de “Les Six Degrés de Séparation de Moses Sumney”!

(rires) C’est possible oui!

Faisons un test.  Björk?

Je la connais! Aucun degré de séparation! (rires)

Michael Jackson?

Ok… laisse-moi réfléchir deux seconds… Bon, je suis ami avec Solange, je pense qu’elle a rencontré Michael Jackson ou alors sa sœur l’a fait. Au pire, j’ai joué en première partie de Stevie Wonder à Los Angeles cette année. Il me semble qu’ils étaient plutôt potes ! (rires)

On en fait un dernier ?

Ouais, c’est marrant!

David Bowie?

David Bowie….Er… Ok, sur son dernier album, il y a un guitariste qui s’appelle Ben Monder. Il habite New York et j’ai un ami qui le connais. J’adore ce qu’il fait.

 

Tu as déjà joué plusieurs fois sur Paris. Tu as joué dans le métro quand tu étais étudiant, puis l’Eglise Saint Eustache il y a quelques mois et on te retrouvera en octobre à la Halle de la Villette pour le Pitchfork Music Festival. Préfères-tu les lieux atypiques aux salles de concert traditionnelles ?

Oui, j’aime bien jouer dans des lieux. Le métro était tout de même plus une nécessité qu’un choix personnel mais j’adore les églises ! Je trouve génial de pouvoir se produire dans des lieux où les gens ne sont pas habitués à écouter de la musique. Pour moi, la musique a quelque chose de sacré donc les églises sont un lieu idéal.

 

Moses Sumney © sophie jarry 2017-07-06 14.53.25J’ai suivi un de tes conseils cette semaine, je suis allée à un concert seule !

Ouais, j’avais écrit un tweet là-dessus. Tu ne vas jamais à un concert seule ?

Jamais! J’étais assez fière de moi !  

Tu peux l’être! Quand j’ai écris ça sur Twitter, quelqu’un a répondu “ tu n’es jamais vraiment seul. Tu vas à une soirée avec parfois des milliers de personnes qui aiment la même chose que toi ! » Parfois, on va à un concert avec un ami parce qu’y aller seul est un peu bizarre mais au final on n’est pas dans le truc. Ça peut vraiment gâcher le concert .

C’est exactement ce qui s’est passé pour moi hier. Un ami n’était pas d’humeur donc nous avons quitté la salle d’un concert !

C’était quel concert?

Sean Nicholas Savage!

Argh… je l’adore !

Quel est le dernier concert que tu as vu seul ?

Björk! A Los Angeles, avec un orchestra. C’était sublime!

 

Il faut que je t’avoue quelque chose, j’adore tes lunettes ! D’où viennent-elles?

C’est marrant parce qu’en fait je les achète un peu partout aux Etats-Unis et je passe mon temps à les perdre donc au final je porte toujours une paire différente. Celles-ci viennent d’une boutique de fripes à Asheville. On pense que je porte toujours les mêmes lunettes mais en fait ce ne sont jamais les mêmes ! (rires)

 

Je te propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais te donner des débuts de paroles de chansons connues et tu les compléteras avec tes propres mots.

All I want for Christmas is … to go back to sleep!  – Tout ce que je souhaite pour Noël c’est…retourner dormir !

When I find myself in times of trouble … I get in a car and go to the mountains. – Quand je suis dans une mauvaise passe… je grimpe dans une voiture et filer vers les montagnes.

If you wanna be my lover you gotta …. change your mind about that! (laughing) Forget about it! – Si tu veux sortir avec moi tu dois … vite changer d’avis ! (rires) Oublie cette idée !

I’m up all night to … wonder why nobody wants to be my lover! (laughing) – Je reste éveillé toute la nuit pour … me demander pourquoi ne veut sortir avec moi ! (rires)

I can’t live if living is without … you!Je ne peux pas vivre sans…toi!

But we are living in a material world and I’m … barely human!  – Mais nous vivons dans un monde matérialiste et … je suis à peine humain !

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself… “Is life worth living should I blast myself?”. That one is the best already, I wouldn’t have changed it, I love it!  – Je ne vois aucun changement, je me lève le matin et je me demande … « est-ce que cette vie mérite d ’être vécue ou bien je ferais mieux de me faire sauter la cervelle ? » Les paroles sont parfaites ainsi !

You gotta fight for your right to … go back to sleep!Tu dois te battre pour ton droit à … retourner dormir !

 

MOSES

 

Moses Sumney se produira en novembre sur Paris dans le cadre du Pitchfork Music Festival Paris .

Mes remerciements à Moses Sumney pour cette interview ainsi qu’à Agnieszka du label Jagjaguwar à Paris. Merci également à la photographe Sophie Jarry pour ses portraits.

 

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