ITW – Sylvan Esso

sorti des tuyaux le 12 décembre 2017


On attaque la semaine en interview avec aujourd’hui à l’honneur Sylvan Esso qui a enflammé le Jour 2 du Pitchfork Music Festival.

 

Sylvan Esso au Pitchfork Music Festival 2017 in Paris

Sylvan Esso au Pitchfork Music Festival 2017 in Paris

 

Trois ans après leur premier album éponyme, le duo américain d’électro pop originaire de Caroline du Nord est revenu en force ce printemps avec What Now et c’est peu avant leur concert à la Grande Halle de la Villette que j’ai pu m’entretenir avec le producteur Nick Sanborn. Son acolyte Amelia Meath étant souffrante (elle assurera pourtant son set avec brio 2 heures plus tard!), l’artificier du groupe a donc répondu seul à mes questions pour ce qui reste sans doute l’une des interviews les plus sympathiques qu’il m’ait été donné de faire!

 

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© Shervin Lainez

© Shervin Lainez

 

Vous êtes de retour cette année avec What Now. J’ai cru comprendre que ce second album faisait suite à une profonde crise existentielle.

Je ne pense qu’elle soit finie! I (rires)

Avez-vous toujours peur que le succès de votre premier album soit un coup de chance ?

Oh, non! Cette crise-là est passé, tout va bien! (rires) Je pensais à des choses moins égocentriques ! (rires) C’est justement ce que nous voulions transmettre avec ce titre, l’idée que d’essayer de comprendre ce qui vient après est une éternelle réflexion. C’est tentant d’essayer d’organiser sa vie mais ça ne marche pas comme pas et je pense que le fait de s’en rendre compte a été très déstabilisant et puis finalement libérateur. Tu vois où je veux en venir? (rires) Les choses changent toujours, aucun combat n’est jamais fini et aucune défaite n’est permanente.

 

Les médias sont un des sujets abordés sur ce nouvel album. Je voulais donc savoir si vous lisiez souvent des critiques de vos albums ou des commentaires sur YouTube.

Je ne lis pas les commentaires sur YouTube mais ça m’arrive parfois de lire quelques chroniques de concerts. Pour moi, et en particulier si nous présentons un nouveau live, c’est une manière de savoir si une personne a compris ce que nous souhaitions communiquer et c’est finalement l’essentiel. Peu m’importe qu’elle ait aimé le concert ou qu’elle l’ait détesté mais si elle n’a vraiment rien saisi de nos intentions, je pourrais alors m’interroger sur la manière de présenter notre performance. Les différents avis n’auront pas d’impact sur notre musique, nous savons déjà ce que nous voulons faire, mais les concerts sont un élément en changement constant. En général, je lis quelques chroniques de concerts après chaque modification. Ce ne sont pas forcément les concerts que j’ai le plus aimés mais ceux pour lesquels j’ai un avis objectif.

 

 

Le titre The Glow est un clin d’œil à une chanson qu’Amelia adorait lorsqu’elle était ado. Quels genres d’adolescents étiez-vous ?

Oh…. Amelia était nettement plus cool que moi ! J’étais un pauvre gosse… J’avais un groupe, j’étais le chef d’orchestre de la fanfare du lycée.

Cool !

Pas vraiment… (rires) C’est finalement moins ringard de nos jours ! Je me suis occupé de l’annuaire du lycée, pas mal de trucs de geek, je restais tard le soir pour répéter avec mon saxophone baryton. J’ai aussi joué dans plusieurs pièces au lycée…

Bon, tu n’étais pas l’archétype du sportif !

Non…. Pas du tout ! (rires)

 

 

Vous avez dit dans une interview que vous souhaitiez faire de la musique qui donne du baume au cœur car c’est ce que vous aimez vous-même dans la musique. Peux-tu me donner des exemples ?

Oh, on pourrait y passer toute l’interview ! Bon, par exemple le groupe dont on vient de parler, The Microphones. Le groupe est finalement devenu Mount Eerie, le projet solo du chanteur et sa musique est hyper triste. Sa femme est morte d’un cancer, ils ont eu un enfant ensemble et il a sorti un album splendide sur la réalité de sa mort. C’est un album d’une tristesse absolue et en même temps on se sent bien d’écouter une personne se livrer et exprimer tout ce qu’elle ressent. Il n’y a pas de genre musical spécifique pour rendre les gens heureux ou les apaiser, cet album en est la preuve. Tu l’as écouté ?

Non.

Ouvre une bouteille de vin et attends-toi à pleurer, c’est album est tellement triste. Je pense que c’est justement la magie de la musique, quand tu vis un moment très intense et intime et tu vas soit l’exprimer en musique, soit écouter une autre personne l’exprimer et tu te rends finalement compte que tu n’es pas seul à ressentir ce sentiment.

 

Tu as étudié la musique tandis qu’Amelia est plus autodidacte. Comment arrivez-vous à trouver un équilibre entre ces deux façons de composer ?

Je pense que cela fonctionne parce que nous parlons chacun la langue de l’autre. J’ai étudié la musique, mais seulement pour essayer de comprendre cette chose magique qu’il est difficile de maîtriser. Amelia est très intuitive, tout lui vient naturellement. C’est très facile pour elle de trouver une mélodie ou quoi que ce soit d’autre. Il arrive parfois qu’elle ait du mal à exprimer quelque chose et je vais lui dire « Et si on rajoutait cet accord ? » car j’ai justement ces connaissances. De la même manière, je me bats parfois avec une mélodie et Amelia comprends tout de suite quel est le problème.  Elle va le décrire d’une manière très ésotérique, à la Amelia « bon, on a l’impression d’être face à un mur de briques et on a besoin de voir les nuages au-dessus ». Je pense que notre équilibre est justement cette combinaison d’intuition et d’éducation. Notre objectif est le même, seuls les points de vue diffèrent.

 

 

Amelia a quitté Brooklyn pour Durham, pensant que ce serait seulement pour six mois et elle y vit encore. En quoi cette ville est-elle si spéciale ?  

Encore une fois, on pourrait y passer toute l’interview ! (rires) C’est juste fantastique et pas seulement Durham mais la Caroline du Nord en général. Les gens qui vivent là-bas sont vraiment uniques, ils ne sont pas du tout prétentieux et ne souhaitent que le meilleur pour leur région. La scène musicale est très variée et de qualité. Pratiquement tous les groupes en ville tournent, ce qui n’était pas le cas dans les autres villes où j’ai vécu.  Il n’y a pas de compétition directe et tout le monde s’entraide. Si tu as un groupe et que tu as un concert et que les gens trouvent le projet intéressant, ils se déplaceront ! Je connais tellement de villes où il est super difficile de faire sortir les gens de chez eux. Et ce dynamisme ne touche pas que la musique. Il y a de super musées, les restaurants sont tops et on est entouré d’un paysage splendide. En deux heures je peux rejoindre l’océan ou les montagnes, c’est assez inhabituel !

Mais tu sais que pas mal de gens y déménageront après cette interview et ça risque de ne plus être aussi cool très longtemps !

(rires) Oui, peut-être que ce ne sera plus aussi génial !

 

Puisque nous sommes sur un festival, quel est ton meilleur souvenir que ce soit en tant qu’artiste ou festivalier ?

Mon meilleur souvenir est la première édition du Festival Les Eaux Claires Festival. On y va chaque année et si ce n’était pas pour travailler, on achèterait notre billet sans hésiter ! C’est le seul festival que je recommanderais. La première année était hallucinante, un côté Far West avec une bande de potes qui souhaitaient juste concrétiser un rêve et faire naître ce projet. J’ai joué un set improvise avec un ami, Chris Rosenau [Volcano Choir], dans un dôme géodésique. Ce n’était absolument pas prévu, les gens ont reçu une alerte sur leur téléphone 10 minutes avant le début. Plein de monde est venu nous voir alors que c’était juste une impro ordi/guitare et finalement le festival nous a proposé de revenir l’année d’après et de jouer sur une plus grande scène. Ce genre de choses n’arriverait pas à Coachella, un truc vraiment spontané et non préparé.

 

Sylvan Esso au Pitchfork Music Festival 2017 in Paris

Sylvan Esso au Pitchfork Music Festival 2017 in Paris

 

Je te propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais te donner des débuts de paroles de chansons connues et tu les compléteras avec tes propres mots.

nouveau document 2017-12-12 00.24.04_1All I want for Christmas is … impeachment!  – Tout ce que je souhaite pour Noël c’est…la destitution de Donald Trump !

When I find myself in times of trouble … I go to a friend’s house. – Quand je suis dans une mauvaise passe… je vais chez un ami.

If you want to be my lover you gotta … give a shit ! Si tu veux sortir avec moi tu dois … ne pas en avoir rien à foutre !

I’m up all night to … not get lucky, that’s for sure! (laughing) I’m such a daytime person ! Je reste éveillé toute la nuit pour… ne pas tenter ma chance, ça c’est sûr ! (rires) Je ne suis pas un oiseau de nuit !

 I can’t live if living is without … friendship. I think that’s been a real theme in my life lately. – Je ne peux pas vivre sans… amis. Je me rends de plus en plus compte de leur importance dans ma vie.

But we are living in a material world and I am… an ephemeral boy ! Mais nous vivons dans un monde matérialiste et … je suis un garçon éphémère !

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself … “Are we really doing this again?”  Je ne vois aucun changement, je me lève le matin et je me demande … « On va encore remettre ça ? »

You gotta fight for your right to … have basic human freedoms. – Tu dois te battre pour ton droit à … bénéficier de libertés fondamentales

 

Un grand merci à Nick de Sylvan Esso pour cette interview ainsi qu’à Erwan. Merci également à Pauline et Jean de La Cadence ainsi qu’à la photographe Michela Cuccagna.

Connasse musicale