ITW / CONCOURS – The Drums

sorti des tuyaux le 16 juin 2017


8 ans après Let’s Go Surfing, son premier single et ode au soleil, The Drums marque son retour mais cette fois-ci c’est en cavalier seul que Jonathan Pierce, le leader et fondateur du groupe, rythmera ton été avec Abysmal Thoughts. Un quatrième opus nettement plus personnel mais fidèle à l’esprit The Drums : des mélodies toujours aussi entraînantes et en apparence légère. En apparence seulement…

Crédits photos : Michela Cuccagna

 

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Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Tu es de retour avec le quatrième album de The Drums mais il n’y a plus que toi dans le groupe !

Oui, je les ai tous tués, chacun avec une arme différente ! (rires)

N’étais-tu pas tenté de sortir ces chansons sous ton vrai nom ?

Non, pour être honnête je pense que cela aurait été encore plus difficile pour moi. Je vais t’expliquer ce qui m’a conduit à garder le nom The Drums. Ce que je n’ai jamais vraiment dit à mes fans ou aux médias, c’est que depuis le début du groupe, quasiment tout ce que vous entendez a été composé dans ma chambre, quand j’étais seul. Je n’osais pas le dire car il y avait d’autres membres dans le groupe et je voulais qu’ils se sentent concernés. J’ai peut-être eu tort de penser que cela pouvait durer puisqu’au final il ne reste plus que moi. D’une certaine manière, c’est donc la continuité des autres albums. La principale différence c’est que cette fois-ci j’ai réussi à avoir une totale liberté. Il n’y a personne pour me dire « tu ne peux pas utiliser la photo de ton copain reniflant une basket en couverture de l’album », Jacob ne m’aurait jamais laissé faire. On ne m’aurait pas laissé utiliser cette horrible écriture orange et mielleuse pour le titre. Je me demande si certains choix ne sont pas justement en réactions à ces anciennes contraintes. Est-ce que je fais tout ça parce qu’on ne m’autorisait pas à le faire avant ou bien est-ce vraiment ce que j’ai toujours voulu faire ? Je pense que c’est un peu des deux. C’est une manière de dire « Allez-vous faire foutre » à tout ce qui me retenait ! (rires)

 

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Tu as quitté un temps New York pour le soleil de la Californie mais j’ai cru comprendre que ton expérience sur place avait été bien sombre.

Oui, depuis dès qu’il fait beau, je me sens vraiment mal et dépressif donc je préfère les jours plus gris, j’espère que ce ne sera pas toujours comme ça. J’adore le soleil et puis j’ai quand même composé pas mal de chansons ayant la plage pour thème donc ça serait quand même un peu ridicule si je devais être dépressif à chaque fois qu’il fait beau! (rires) Voilà où j’en suis maintenant ! En fait je suis partie à Los Angeles avec une personne que j’aimais follement c’était un comme essayer de faire rentrer une un rectangle en bois dans un trou circulaire, ça ne marchera jamais. Nous sommes partis de New York ensemble quand nous avons vu que notre relation était en train de s’écrouler. Nous nous sommes dit que Los Angeles étant une nouvelle ville, un nouveau lieu, avec du soleil, tous nos problèmes disparaîtraient mais c’était vraiment naïf de penser que cela aurait une incidence. Les choses n’ont fait qu’empirer, il est parti, je me suis retrouvé seul et pour la première fois de ma vie j’ai perdu la tête. J’ai eu une sorte de mois psychotique avec beaucoup d’alcool, beaucoup de drogues et beaucoup de sexe. Je ne suis pas là pour dire que ces choses-là sont mal mais je suis allé beaucoup trop loin et c’était une attitude irresponsable. Rien de tout cela n’a arrangé la situation. Je me suis rendu compte que LA était en train de me tuer donc je suis reparti pour New York et j’ai repris vie. J’avais composé plusieurs titres très sombres en Californie et en revenant à New York, j’ai réalisé que ces chansons avaient une portée plus large. En prenant de la distance, j’ai pu voir ce qui allait. Je suis sincèrement reconnaissant d’avoir eu le cœur brisé. J’ai l’impression que la nature me donne un bon coup de pied au cul à chaque fois que je dois composer un album. J’ai déjà essayé d’écrire des chansons quand j’étais heureux et au final, c’était de la merde ! (rires)

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Il y a toujours une certaine gaieté dans tes mélodies et pourtant les paroles ne sont pas tout aussi joyeuses. C’est un peu ce que tu chantes sur le titre Under The Iceif you see me smiling you should know that I’m just trying not to cry”.

C’est l’histoire de ma vie! (rires) J’ai l’impression qu’il y a ce magnifique et bienheureux monde et de l’autre côté un fossé sombre et obscur de désespoir et j’ai toujours été ce papillon un peu ivre qui virevolte, entrevoyant un peu de bonheur et qui, avant même de pouvoir s’y habituer, se retrouve replongé dans les ténèbres.  Ça fait partie de mon ADN, et je pense que d’une certaine manière je suis conditionné à être entre ces deux univers.

Head of The Horse est un titre très personnel sur lequel tu abordes ton enfance, ta famille et ton premier amour. Ton histoire est loin d’être “boring”!  

Quand j’étais enfant, mes parents ont vite réalisé que j’étais gay et mon enfance a été très difficile. Ils m’ont forcé à suivre une thérapie de conversion. Mon père et ma mère sont pasteurs donc tout tournait autour de Jésus et de la Bible. Il n’y avait qu’une façon de vivre et si on n’était d’accord avec ce qu’ils pensaient être la vérité on était un pêcheur. J’ai donc grandi avec ce sentiment d’être une personne mauvaise et malade. Nous n’avions aucun accès au monde extérieur, aucune télé et mes parents nous faisaient cours à la maison. Aucun moyen donc de rencontrer d’autres personnes et de réaliser que tout cela n’était pas normal. Ce n’est qu’une fois arrivé à New York que j’ai compris qu’un monde entier s’offrait à moi et que j’ai enfin rencontré des personnes qui étaient comme moi. Jacob n’aimait pas que je sois trop personnel donc une chanson comme Head Of The Horse n’aurait pu être composée avant. C’est une nouvelle forme d’expression et je peux toucher plus de monde. La semaine dernière, une jeune fille de 16 ans qui venait de faire son coming-out m’a dit que ma musique l’aidait à ne pas tout voir en noir. Je me rappelle que c’est à son âge que j’ai découvert The Smiths et que pour la première fois de ma vie j’ai eu l’impression de ne pas être seul au monde.

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Jonathan Pierce ( The Drums ).Portrait 2017.Paris.Michela Cuccagna©

Tu as pris part à plusieurs manifestations contre Trump et sa politique. En tant qu’artiste, tu as une voix à travers tes chansons et les médias et tu n’as pas peut de l’utiliser !

Je pense que lorsqu’on est un artiste et qu’on bénéficie d’une certaine plateforme, c’est notre responsabilité de donner de la voix. Je suis convaincu que le silence est une forme de violence et lorsque je rencontre quelqu’un qui me dit de ne pas vouloir se mêler de politique, je veux juste lui dire que la neutralité est tout aussi blessante. Mon compagnon et moi-même essayons d’appliquer les principes de l’Intentional living. L’Intentional living, c’est le fait de prendre chaque décision du quotidien en réfléchissant à la portée de nos actes, même pour boire un café. D’où vient ce café ? Où ira l’argent payé pour ce café ? Est-ce que cet endroit prend soin de ses employés ? Urban Outfitters a pour cible un public jeune et les peu de fois où j’y ai mis les pieds, j’ai bien vu que la moitié du staff était gay mais la marque arrive deuxième dans la liste des compagnies qui reversent le plus d’argent aux lobbies anti-gay. Ils se gardent bien de le dire mais c’est un fait.

 

Ton compagnon Keon figure sur la pochette de l’album, ça c’est du romantisme !

(rires) C’est moi qui l’ai pris en photo en plus!  Quand je l’ai rencontré, il faisait partie de l’Eglise mormone, ça nous a rapproché. Il a quitté les Mormons depuis mais quand j’ai pris cette photo, ce n’était pas encore le cas. Je me suis dit « Quand tes parents verront ça, ils ne seront pas juste fou de rage, ils vont penser que je suis le diable incarné ! » (rires)

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Je te propose de terminer cette interview par un jeu. Je vais te donner des débuts de paroles de chansons connues et tu les compléteras avec tes propres mots.

All I want for Christmas is … Keon!Tout ce que je souhaite pour Noël c’est… Keon !

When I find myself in times of trouble … I write a song.Quand je suis dans une mauvaise passe… j’écris une chanson.

If you wanna be my lover you gotta …. be a good person.Si tu veux sortir avec moi tu dois … être quelqu’un de bien.

I’m up all night to … cuddle with Keon.Je reste éveillé toute la nuit pour … faire des câlins avec Keon.

I can’t live if living is without … seeing Björk in LA at the Disney Concert Hall!!Je ne peux pas vivre sans…voir Björk à LA au Disney Concert Hall!

But we are living in a material world and I’m … sick of it! – Mais nous vivons dans un monde matérialiste et … ça me rend malade !

I see no changes. Wake up in the morning and I ask myself…« Who are you? »Je ne vois aucun changement, je me lève le matin et je me demande … « Qui es-tu? »

You gotta fight for your right to …Can I just add an « s » ? You gotta fight for your rightSTu dois te battre pour ton droit à … je peux juste rajouter un « s » ? Tu dois te battre pour tes droitS !

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Alias-Production et Les Connards en Ray-Ban te proposent de remporter 1×2 places pour assister au concert de The Drums le 20 septembre 2017 à La Gaîté Lyrique

Pour ce faire, rien de bien difficile:

Le tirage au sort aura lieu le dimanche 03 septembre à 20H

Mes remerciements à Jonathan Pierce, Thomas de Boogie Drugstore et son équipe et à la photographe Michela Cuccagna.

Connasse musicale